Rencontre avec nos MAMANS Tricoteuses du PÉROU, février 2007
Par Oumie Yanssané, lundi 7 mai 2007 à 00:19 :: Enfants et Parents du Perou :: #2 :: rss

Paysages intacts d'eau et de montagne entre Bolivie et Pérou, à plus de 4000 mètres d'altitude, LAC TITICACA.

Le soleil tape fort mais c'est un vent de haute altitude qui souffle. Je comprend pourquoi la superposition de jupes en coton tissé (5, 10?) multicolore, n'est pas seulement un accessoire de beauté pour les femmes des villages de Jota et Kipata. Elles portent un chapeau à larges rebords, que je leur envie (j'ai oublié la crème solaire et j'ai beau être d'Afrique de l'Ouest je n'ai pas le teint aussi buriné ni les poumons aussi vastes!) ainsi que leurs magnifiques cheveux noirs qu'elles nouent en 2 longues nattes.

J'ai rencontré les deux groupes de 14 et 16 femmes qui ont tricoté de la layette pour Bébés en Vadrouille. Une heure de marche en pleine nature avec vue sur le lac Titicaca les séparent. Assises au soleil en cercle lorsque le temps le permet, elles tricotent avec une dextérité étonnante, tout en bavardant : éducation, alimentation, les récoltes à venirs, l'actualité de la communauté, et aussi celle du monde : pollution, injustices, mouvements démocratiques. Chacune a son rôle : la présidente, la trésorière... Elles se présentent à tour de rôle timidement mais les langues se délieront au fur et à mesure et le souvenir que j'ai de cette rencontré est d'avoir beaucoup ri et intensément partagé avec les "companeras".

J'ai eu le privilège d'être nommée "companera Oumie" et d'être invitée dans leur ronde le temps d'une discussion entre femmes, entre mères et grands mères, à parler de l'éducation de nos enfants, à comparer nos expériences, nos difficultés. Heureusement elles sont très patientes avec mon espagnol et Je leur explique à grands renforts de gestes, que j'ai eu l'idée des Bébés en Vadrouille lorsque j'étais enceinte. Parce que j'avais eu envie d'illustrer le thème de la naissance à travers la variété des habits et des soins de puériculture dans le monde. De réunir des parents du monde autour d'une même cause. Je les fais rire en leur confiant qu'avec mon ventre rond comme une lune, je me sentais comme illuminée, "transportée" par mes nouvelles responsabilités devant l'avenir. Elles aussi disent-elles surtout la première fois, mais c'est toujours un cadeau merveilleux du ciel et l'on s'accorde à dire que c'est notre bien le plus précieux.
Je leur demande si elles accouchent en ville (Puno) et la plupart me disent avoir accouché à domicile avec l'aide d'une sage-femme parce que sinon elles auraient eu 1 heure de marche ou 1 demi heure de bateau + 1 demi heure de taxi, et que ce n'est pas si difficile que ça quant on connait !. Je leur avoue que moi à côté je suis une petite nature et que j'ai demandé la péridurale aussitôt arrivée à l'hôpital à 5 mn de métro de chez moi...Je leur demande combien d'enfants elles ont chacune : 5 à 9 pour les plus âgées, 2 à 4 pour les plus jeunes qui ont accès à la contraception. Elles me demandent si j'ai une photo de ma fille que je fais passer dans le cercle en rougissant de plaisir aux compliments qu'elles me font : "que calina!"
Les enfants qui jouaient dans la poussière de la terre s'approchent curieux, deux grands bébés soulèvent régulièrement les chemises de leur mère pour téter. "Ici on allaite jusqu'à 4 ans et vous en France? " Je dis avoir allaité 7 mois mais que c'est une chance car beaucoup de femmes doivent laisser leur bébé à 2 mois et demi en crèche pour retourner travailler, ce qui nous fait défaut en Europe surtout dans les villes c'est le temps d'être avec nos enfants à qui le contact de la nature, de l'espace manque beaucoup. Elles me disent que elles n'aimeraient pas se séparer de leurs petits qui entrent à l'école à 5 ans. Par contre elles regrettent de ne pas avoir l'accès aux soins médicaux et publics que je leur décris. Elles me demandent aussi de parler de la situation des mères en Afrique et compatissent sincèrement. Elles avouent travailler moins : une dizaine d'heures (contre 15 en moyenne pour une femmes africaine) et avoir moins de problèmes : recherche de l'eau potable, alimentation, transport...Ici on a installé l'électricité peu à peu, l'Etat assure un service minimum : écoles, centres de santé, les routes sont opérationnelles pour les transports collectifs privés en assez bon état (comparé à la Guinéee!), et surtout il y a une organisation communautaire très forte dans la culture andine.
Les femmes de Jota et Kipata assurent la continuité de la culture Inka : solidarité du groupe et inter-générations. Elles ont acquis confiance et autonomie au fil des années et en se soutenant les unes les autres. Elles confient en souriant, que désormais les hommes peu favorables à leurs réunions entre femmes au début, les respectent davantage ; ils viennent même les aider après la pêche quand les commandes sont urgentes ! Ce sont souvent les grands parents qui gardent les enfants et en profitent pour leur apprendre les légendes inkas.

Les revenus agricoles et la pêche suffisent tout juste à nourrir les familles et le tricot permet de s'habiller, se déplacer, et de scolariser les enfants. Elles apprécient l'air pur et la nature rayonnante qui les entoure à 4000 mètres d'altitude et ne voudraient pas vivre en ville là où on a pas le temps de voir grandir les enfants ! Elles s'inquiètent néanmoins du manque de diversité dans l'alimentation de leurs petits (beaucoup de féculents et peu de fruits légumes et viande) et des longues distances à parcourir pour rejoindre l'école (3 heures par jour).
La part qui revient aux tricoteuses correspond à 25,5% du prix final. Elles perçoivent une avance pour acheter la laine (8,50%) et mettent de côté 10% de leurs gains : 5% en cas de mauvaise récolte et 5% pour des projets communautaires comme la construction d'une seconde salle de classe.
Nous nous séparerons après avoir discuté en détail des futures collections laine de brebis et alpaca pour Bébés en Vadrouille pour les années à venir. Je les remercie pour leur témoignage si dense, le formidable encouragement que ça représente pour moi et mes collègues mamans à Paris et pour nos enfants puisque c'est bien ça que nous avions toutes en tête
LAINE D'ALPAGA tricot main POUR BEBES en VADROUILLE

Commentaires
1. Le jeudi 21 juin 2007 à 22:05, par christelle
2. Le vendredi 22 juin 2007 à 10:56, par Oumie
3. Le dimanche 15 juillet 2007 à 17:31, par DÉDÉE
4. Le lundi 23 juillet 2007 à 18:35, par cecile slb
5. Le dimanche 14 octobre 2007 à 15:31, par paris hilton nue
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